Les cavernes d'acier (1953) Isaac Asimov

De l'âge d'or à nos jours

Les cavernes d'acier (1953) Isaac Asimov

Messagepar neocobalt » Dimanche 06 Janvier 2008, 15h28

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Les cavernes d'acier
Isaac Asimov
J'ai lu n°404
Texte intégral
Illustration de couverture : E. Gorinstein
Traduit de l'américain par Jacques Brécard
Titre original : The Caves of Steel
Copyright Isaac Asimov, 1953, 1954
Pour la traduction française : Copyright Editions Hachette, 1956

Quatrième de couverture
L'assassinat du Dr Sarton à Spacetown jette le trouble dans la communauté. Qui aurait intérêt à faire disparaître celui-là même qui milite pour le rapprochement entre Terriens et Spaciens ? Les Médiévalistes, qui ne voient pas d'un très bon oeil la prolifération des robots ? Les Spaciens eux-mêmes, prêts à tout pour conserver leurs privilèges ?
Le problème du détective Baley, toutefois, n'est pas seulement de retrouver un meurtrier, mais aussi et surtout d'y parvenir avant son collègue robot R. Daneel. Car celui-ci est l'un de ces androïdes au cerveau électronique ultra-perfectionné, créés certes par l'homme, mais qui n'attendent peut-être que l'occasion de prendre leur place...


La Terre du futur
Dans ce roman datant de 1953, Asimov nous expose une Terre du futur surpeuplée et ronronnante. Les Terriens vivent dans des cités couvertes. Dans le passé, l'humanité a colonisé d'autres planètes pour survivre et reconquérir un avenir, un travail et de nouvelles ressources, tandis que des populations entières s'organisaient sur Terre pour assurer leur subsistance. Une nouvelle espèce, créée par l'homme, aide celui-ci à accomplir toutes les tâches techniques nécessaires à la mise en oeuvre de ce fragile système : les robots.

Les cavernes d'acier
Sur Terre - idée faussement trompeuse, car il faudrait dire plutôt : sous terre - les Terriens vivent dans des cités-cavernes, sous l'acier, à l'abri de l'air pollué et de la brûlure du Soleil. Ces cavernes d'acier sont plus que des cités, mégalopoles abritant leurs populations, respirant pour les Terrriens, les nourrissant, assurant leurs déplacements au sein de leurs artères, tapis roulants express qui rythment l'existence de ce monde surpeuplé et pantouflard.

Les mondes extérieurs
Audacieux et aventureux, les mondes extérieurs ne le sont plus, alors que leur passé de colonisation les a conduit sur ces planètes étrangères pour leur ouvrir un nouvel horizon qui sur Terre s'est refermé depuis. Les Spaciens ont beaucoup de terre et d'espace pour eux. Ils sont épaulés par les robots dans leur quotidien, avec la promesse d'une vie longue et paisible. Comme les Terriens, les Spaciens finissent par perdre l'esprit de conquête.

Le colonialisme
Face à la surpopulation, la pollution, la diminution des ressources, le colonialisme fut une réponse au contexte de son époque. L'homme a connu cela à différentes époques, et cela semble être un chemin inéluctable pour assurer la survie de l'humanité. Là où le roman se montre intelligent, c'est que l'esprit de conquête s'endort sur Terre comme sur les mondes extérieurs, sans que le colonialisme soit l'objet d'un jugement de valeur de la part de l'auteur comme de ses lecteurs semble-t-il.

Les 3 lois de la robotique
Première Loi : un robot ne peut pas porter atteinte à un être humain, ni rester passif devant un être humain exposé à un danger.
Deuxième Loi : un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi.
Troisième Loi : un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'est pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.


Anthropocentrisme
Ces trois lois précitées et retranscrites dans le contexte de cette Terre du futur, montrent un assujettissement apparent des robots à la cause des humains. Cela dit, si cette relation de supériorité pendante de l'homme sur le robot donne à penser que l'homme est au centre de l'histoire, ce n'est qu'une incidence du postulat de départ, la réponse de l'être humain aux progrès technologiques et de la situation de leur civilisation, de leur monde. Quant aux robots, ils sont la création de l'homme, et ce n'est pas innocent s'ils sont à son image finalement.

Le spectre de l'esclavagisme
On peut discerner ce spectre de l'esclavagisme dans cette combinaison du colonialisme, des lois de la robotique exposées et de l'anthropocentrisme apparent. Il n'est pas une fin en soi dans cette histoire, mais tout simplement la suite logique de la situation de l'homme dans le contexte de son époque. Asimov déroule avec logique son histoire comme on le ferait par tout autre raisonnement. Comme souvent, la science-fiction peut apparaître subversive ; ici elle se montre très audacieuse pour l'époque, et spéculative.

Le socialisme
Le fruit défendu est patent. Les cavernes d'acier flirte avec l'utopie collectiviste. Mais Asimov demeure dans son raisonnement littéraire, sans chercher à démontrer le bien fondé d'un système comme ceux du capitalisme et du socialisme, qu'il connaît de par ses origines russes avant de participer à "l'âge d'or" en Amérique.

La vertu mécaniste
Ainsi, Asimov développe son récit en mariant des composés narratifs et rationnels comme il le ferait avec des produits chimiques en mêlant le contenu d'éprouvettes dans un laboratoire. Il use d'une sorte de logique mécanique qui semble se suffire à elle-même pour étayer ce que j'appellerai la morale de l'histoire. Les cavernes d'acier est-elle une fable pour autant ? L'ensemble reste assez froid, cérébral pour le moins. De l'Asimov pur et dur. Une science-fiction dure (Hard science en anglais).

La science-fiction spéculative
C'est cela qui caractérise l'écrit d'Isaac Asimov. Il ne juge pas. Ne cherche pas la satire ni l'apologie. Il se passionne pour la science, la technologie. Et, même avec ce sens extrême, très affûté et prononcé de la spéculation sur les réponses de l'homme aux progrès technologiques, en confrontant deux mondes opposés l'un à l'autre, il donne de la force, de la consistance à ce monde du futur qu'il dépeint avec une grande intelligence, à ces personnages humains et artificiels - artificiels et peut-être même plus humains que l'humain lui-même.

SF et Policier
Depuis, l'auteur se passionne tout autant pour le genre policier, brillamment associé à la science-fiction. Il y réussit et ne s'y trompe pas par la suite. Il enchaînera avec la suite des enquêtes de Baley et R. Daneel dans Face aux feux du Soleil. Il est un excellent chimiste de la littérature de science-fiction. Et il exploite avec réussite la dimension ludique et aventureuse du genre policier. Il a un grand sens du plot twist, du retournement de situation, de l'inversion des valeurs, du contre-pied. Son écriture est intelligente, cérébrale et très habile, léchée sur le plan narratif tout en gardant cet esprit ludique précité.

Isaac Asimov
I. Asimov est " né en Russie en 1920. Les cycles Fondation et Les robots l'ont imposé comme l'un des piliers de "l'âge d'or" de la S-F, dès les années 1940. Il est l'instigateur des fameuses trois lois de la robotique, brisant ainsi le mythe du robot envahisseur ou aliéné pour en faire un être enclin au doute et à la contradiction. Asimov meurt en 1992. "

Les robots
Cette création de l'homme, et nouvelle espèce va dominer l'oeuvre science-fictionnelle d'Isaac Asimov, avec tous ces titres évoquant les robots. Le plus célèbre peut-être, et hélas pauvrement adapté au cinéma : I, Robot, nous offre de nombreux récits jouant non avec les robots strictement dit, mais avec ses trois lois de la robotique ; d'autres recueils ont suivi et, là où d'autres inventions d'Asimov ont pêché par leurs limites, voire leur faiblesse intrinsèque aux yeux des lecteurs avertis, sauvées in extremis dans la deuxième époque du cycle des Fondation, ce thème des robots est peut-être bien unique dans l'histoire de la SF jusqu'ici, et témoigne de la grande intelligence et de l'esprit brillant de cet auteur majeur du genre.
Dernière édition par neocobalt le Mardi 08 Avril 2008, 22h53, édité 1 fois.
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Messagepar erwelyn » Jeudi 10 Janvier 2008, 12h18

Bravo pour cet article très complet et très instructif quant à l'écriture d'Asimov et à son exploitation de sujets de tous genres. Un melting pot polar SF que j'ai bien envie de lire.
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