Mémo - André Ruellan (1984)

De l'âge d'or à nos jours

Mémo - André Ruellan (1984)

Messagepar neocobalt » Dimanche 18 Mars 2012, 09h42

Mémo - André Ruellan (1984)
© 1984, Editions Denoël

L’exemplaire dont je dispose provient de la toute première édition de ce roman en 1984 aux Editions Denoël n°390 dans la collection Présence du futur avec une illustration de couverture de Jean Mineraud, objet d’une réédition en 2001 chez « folio SF ».

Roman d’uchronie, sa classification réductrice à des réalités changeantes, à une réalité alternative, ne permet pourtant pas de catégoriser aussi facilement Mémo. Fauve littéraire, il semble de plus en plus indomptable à nos yeux, lecteurs spectateurs de l’emballement de l’existence du personnage principal. L’auteur y parvient toutefois, certes créateur de ce fauve et de l’existence changeante de son personnage, avec une maîtrise et une efficacité que nous avons peine à suivre.

Le ressort, le « pitch », est le voyage du sujet dans diverses versions de son existence. On ne peut en dire plus sans émousser le suspens affûté de la première partie du roman. L’auteur nous plonge dans le cauchemar de Paul, chercheur qui a mis au point une drogue pharmaceutique et la teste sur lui-même, cauchemar où sombre son existence.
Avec ses associés, il a « réussi à synthétiser un stimulant de la mémoire qui améliorait les performances des rats dans le labyrinthe », brevet déposé sous le nom de « Memoryl », testé sur eux-mêmes, « avec des résultats très encourageants dans les épreuves de mémorisation. » Les recherches pour améliorer le produit conduisent alors au S.24. Quand Paul en ingère un centigramme, il devient « un chasseur du Neandertal » et mange Thésée, le rat, le « champion du labyrinthe », et ce n’est que le moindre des effets... Car, en rentrant chez lui après le travail, il se découvre un fils qu’il n’a jamais eu, un garçon galopant dans un appartement qu’il ne connaît pas. Paul va devoir surnager entre les différentes versions de son existence, et faire la part de la folie, du délire, des faux souvenirs et de l’amnésie. Scientifique avant tout, il ne cèdera pas au désespoir : son amour pour sa femme et collègue associée, Isabelle, devient son repère vital dans son existence et ses différentes versions.

Praticien en son temps de la médecine, André Ruellan intègre une approche clinique dans la narration qui permet d’appréhender rationnellement le paradoxe chahutant l’existence de Paul. Il nous propose un texte sans chapitres comme s’il n’y avait rien à couper dans le récit. C’est pour mieux nous propulser sur le ruban du temps, route sans stop ni feu rouge, pas même une aire de repos, route sur laquelle voyage en tous sens Paul.
Impossible de rendre compte de toutes les qualités de ce roman dont seule la lecture peut vous en faire sortir. Ayant obtenu le Grand Prix de la Science-Fiction Française en 1985, Mémo est un récit de SF à la fois canonique et didactique. Canonique d’une part : un élément déclencheur – le S.24 – puis le déroulement des conséquences, la chaîne de causalité, les effets de cette substance expérimentale jusqu’à la ruine du système mis en place et de ses dérives. Et didactique d’autre part : le jeu d’apprenti-sorcier n’est pas sans danger même si les meilleures intentions motivent les recherches sur un produit et ses dérivés, en l’occurrence dans Mémo, le « Memoryl » devant favoriser le processus d’évocation des souvenirs...

Neocobalt, le vendredi 11 mars 2005.

(Cet article a été précédemment publié sur le site de Neocobalt en 2005.)
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